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UNIVERSITE PAUL-VALERY MONTPELLIER 3
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Éclairage

Empereurs du IVe siècle : les empereurs de Libanios

Pour les autres empereurs, voir la Prosopographie.

Constantin (306-337)

Constantin commence sa carrière par une usurpation : fils aîné du Tétrarque* Constance Chlore, il est proclamé par les troupes de son père à York en 306, ce qui va à l´encontre des règles de succession de la Tétrarchie. Il s´entend pendant quelques années pour partager l´Occident avec l´autre fils de Tétrarque en rébellion, Maxence, qui règne sur l´Italie et l´Afrique. Mais il finit par marcher contre lui et le bat à la bataille du Pont Milvius à l´entrée de Rome en 312. Maître de l´Occident, il passe un accord avec l´empereur d´Orient Licinius. Mais la guerre éclate entre eux en 324 et Constantin, vainqueur, se retrouve seul empereur. Il fonde en 330 une nouvelle capitale en aménageant et en agrandissant la vieille colonie grecque de Byzance. Il meurt en 337, au moment d´entreprendre une expédition contre la Perse, laissant derrière lui une demi-douzaine de Césars pris dans sa famille.

Constantin a mis fin à la période de troubles qui a suivi la Tétrarchie, renforcé la cohésion de l´empire, continué la politique de restauration économique et militaire commencée par Dioclétien. Si sa politique de grandes dépenses et de grands travaux a dû avoir une incidence positive sur l´économie, elle s´est bientôt accompagnée d´une nette augmentation de la pression fiscale. Il a mis l´empire sur la voie de sa transformation en monarchie héréditaire et en royaume médiéval. Sa politique religieuse a été diversement interprétée par les historiens : outre la tradition chrétienne qui fait de lui presque un saint, certains l´ont vu comme un manipulateur pliant le christianisme à son service, d´autres comme le jouet des ecclésiastiques. Le plus probable est qu´il s´est sincèrement converti à titre personnel en 312, au moment de sa lutte contre Maxence. Il a ouvertement favorisé l´Église, lui accordant d es privilèges et des subsides, et a progressivement désengagé l´État de son soutien à la religion traditionnelle. Sa principale mesure en cette matière fut la confiscation des trésors détenus par les grands temples. Mais il n´a pas véritablement transformé l´empire en empire chrétien, conservant jusqu´au bout la plupart des titres et les formes qui liaient l´empire au paganisme, sans doute parce que la majorité de ses sujets étaient encore païens.

Constance II (337-361)

À la mort de Constantin, il y a une période de vacance du trône de quelques mois. Finalement, ceux des Césars qui ne sont pas ses fils sont éliminés par l´armée (sans qu´on sache si elle a agi spontanément ou si elle y a été incitée). Constance avait été nommé César et installé par son père à Antioche : il garde la maîtrise de l´Orient, laissant l´Occident à son frère aîné Constantin II qui se trouve en Gaule ou en Bretagne. Leur frère plus jeune Constant obtient en héritage l´Italie, mais il est subordonné à Constantin II. En 340, celui-ci envahit l´Italie pour des raisons qui ne sont pas claires (il semblerait qu´il voulait châtier son frère rebelle), mais il est tué lors du premier engagement. Pendant dix ans, les deux frères restants se partagent l´empire sans trop de dissensions, sauf en matière religieuse Constant protège les nicéens*, Constance les homéens*. Chacun est d´ailleurs occupé par l´administration de son domaine et par les menaces qui pèsent sur ses frontières. Constance, en particulier, doit faire face à la politique agressive du roi perse Sapor II. La tension est constante entre les deux empires, et le Romain connaît de sérieux déboires (multiples sièges de la cité de Nisibe, perte de la citadelle d´Amida, grand massacre de la bataille de Singara). En 350, Constant est détrôné et assassiné par Magnence, l´un de ses officiers. D´autres usurpateurs de moindre envergure se déclarent à Rome et en Illyrie.

Constance parvient à éliminer ces usurpateurs, la grande bataille de Mursa en Pannonie (aujourd´hui en Croatie) lui permettant de triompher de Magnence en 351. Il devient donc alors seul maître de l´empire. Dans le même temps, il a fait César son cousin Gallus et l´a placé à Antioche. Mais, mécontent de Gallus qui a commis des exactions, il le fait exécuter en 354. L´année suivante, il décide néanmoins de créer un nouveau César en la personne de Julien (demi-frère de Gallus), qu´il envoie en poste en Gaule. En 360, Julien est proclamé Auguste par ses troupes. Les deux cousins étaient en voie de s´affronter ouvertement quand Constance meurt subitement. Comme son père, il est baptisé sur son lit de mort par un évêque homéen.

Moins connu que son père, d´une personnalité moins charismatique et décrié tant par la tradition chrétienne (il accordait sa faveur aux homéens) que par la tradition antichrétienne, Constance a joué un rôle important (et peut-être plus important que Constantin) dans la christianisation du monde antique, installant cette religion au premier plan par une politique suivie sur plus de vingt ans. Il a pris des mesures sévères contre le paganisme (après lesquelles ses successeurs sont revenus en arrière). Il a consolidé et rendu pérennes les orientations prises par Constantin.

Julien (361-363)

Voir l´éclairage qui lui est spécifiquement consacré.

Jovien (juin 363-février 364)

Ce militaire chrétien (sans doute nicéen) de haut rang fut choisi par les généraux de Julien après la mort de celui-ci en pleine retraite de l´expédition en Perse. Il rétablit les privilèges que Julien avait retirés à l'Église, sans prendre, semble-t-il, de mesures nettement hostiles au paganisme. Mais le témoignage de Libanios montre que, pendant le séjour de quelques mois qu'il fit à Antioche, il procéda à une sorte d'« épuration ». Il mourut accidentellement sur le chemin de retour vers Constantinople. Cet empereur a été critiqué dès l'Antiquité pour le traité de paix qu´il signa avec les Perses, à qui il abandonna la Mésopotamie. Mais il est probable qu'il ne pouvait guère faire autrement.

Valens (364-378)

Après la mort de Jovien, le généraux choisissent pour empereur l´officier Valentinien. Celui-ci, peu après, à la demande de l´armée, s´adjoint pour collègue son frère Valens qui n´avait eu jusque là qu´une position subalterne. Tandis que Valentinien part pour l´Occident, Valens prend en charge l´Orient.

Valens doit d´abord affronter un usurpateur, Procope, un parent de Julien qui semble avoir été appuyé par les milieux intellectuels païens. Une fois Procope éliminé, une violente répression s´abat sur ces milieux, auxquels est lié Libanios. Comme Constance, Valens favorise le parti homéen ; il est en revanche beaucoup moins agressif que lui à l´égard des cultes traditionnels. Il mène une politique fiscale et judiciaire qui défend les humbles et a tendance à brimer les possédants, peut-être par inspiration chrétienne. Ayant obtenu la paix du côté perse, il doit intervenir à deux reprises contre les Goths, qu´il autorise à s´installer au nord de la Thrace. Il est battu et tué par eux à la bataille d´Andrinople.

Théodose (379-395)

À la mort de Valens, le pouvoir impérial se trouve entre les mains de son neveu Gratien (fils aîné de Valentinien), qui est installé en Occident. Gratien élève à la dignité d´Auguste Théodose, fils d´un brillant général (mais exécuté peu auparavant, pour des raisons qui ne sont pas éclaircies, peut-être sur ordre de Valens), d´une famille originaire d´Espagne ; il lui attribue la partie orientale de l´empire.

Après avoir passé quelque temps en Macédoine et en Thrace pour conclure un accord avec les Goths, Théodose s´installe à Constantinople. En 383, Gratien est battu et tué par l´usurpateur Maxime, général commandant l´armée de Bretagne. Théodose, dans un premier temps, reconnaît Maxime pour son collègue, lui accordant la Gaule, l´Espagne et la Bretagne, tandis que l´Italie et l´Illyrie restent sous la responsabilité du jeune frère de Gratien, Valentinien II, et de sa mère Justine. Mais en 387, Maxime chasse Valentinien de Milan (il va se réfugier à Constantinople) et s´empare de l´Italie. Théodose entre alors en guerre contre Maxime, qu´il bat et fait exécuter après sa reddition en 388. Valentinien II récupère donc sa place en Occident. Mais quatre ans plus tard, à la mort de Valentinien, un nouvel usurpateur prend le pouvoir en Occident, le sophiste Eugène. Théodose en vient à bout en 394, à la bataille de la Rivière Froide (aujourd´hui en Slovénie). Il meurt l´année suivante, alors qu´il avait élevé au rang d´Auguste ses deux fils, Honorius (installé en Occident) et Arkadios (qui hérita à sa mort de l'Orient).

À son arrivée en Orient, Théodose impose le credo nicéen, tout en adoptant une politique de tolérance vis à vis du paganisme (comme en témoignent les faveurs dont il gratifie les deux plus célèbres païens de l´époque, Thémistios et Libanios). Pour lutter contre les usurpateurs et pour obtenir la paix sur la frontière du Danube, il installe les Goths dans l´empire et les enrôle dans ses armées, ce qui provoque souvent des réactions violentes dans la population. Il entretient des relations difficiles avec l´évêque Ambroise de Milan, devant qui il finit par s´incliner à la suite du massacre de Thessalonique (En 390, en représailles pour le meurtre d´un officier goth, l´empereur a ordonné le massacre d´un grand nombre d´habitants de cette cité) pour lequel il avait été excommunié. Outre l´influence d´Ambroise, il faut mettre en cause dans le durcissement de son attitude face au paganisme le fait qu´Eugène, bien que chrétien, s´était proclamé défenseur des païens. Les lois religieuses prises par Théodose dans les années 390 reviennent à interdire tous les cultes traditionnels, publics ou privés et à écarter les païens de la plupart des responsabilités publiques. Elles mettent donc fin à la période de coexistence (tant bien que mal) du paganisme et du christianisme que constitue le IVe siècle.