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UNIVERSITE PAUL-VALERY MONTPELLIER 3
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Les Francs

Libanios évoque la pacification des Francs par l’empereur Constant (en réalité un traité de paix autorisant une partie de ce peuple à s’installer à l’intérieur des frontières). Il rejette le nom de « Francs », qu’il estime erroné et les appelle « Fractes », d’un mot grec signifiant « protégés, retranchés ».

Il y a un peuple celtique installé au-delà du Rhin, jusqu’au bord de l’Océan, si bien cuirassé pour supporter les travaux de la guerre qu’ils tirent leur nom de leurs actions elles-mêmes et se nomment Fractes (l’appellation que leur donne le vulgaire est une dénomination corrompue par l’ignorance). Le nombre de ces gens dépasse toute évaluation, mais leur vigueur l’emporte encore sur l’excès de leur nombre. Pour eux, une tempête en mer n’est en rien plus effrayante que la terre ferme, le froid polaire est plus agréable que le climat tempéré, le plus grand malheur, c’est une vie au calme, le comble du bonheur les temps de guerre  ; même si on les mutile, ils combattent avec les membres qui leur restent ; quand ils l’emportent, leur poursuite des vaincus ne connaît pas de fin, et quand ils viennent à avoir le dessous, ils font de la fin de leur fuite le début d’une contre-attaque . Ils ont établi des lois pour récompenser la folie guerrière et honorer la témérité. D’une façon générale, ils jugent que la paix est une maladie.

Jamais, par le passé, ceux qui avaient obtenu la responsabilité des régions voisines de ce peuple ne trouvaient ni les paroles capables de le persuader de rester tranquille, ni la force armée de l’y contraindre, et il leur fallait, en campant continuellement à la frontière, s’opposer nuit et jour à leurs incursions, ni prendre un repas sans armes, ni se débarrasser de leur casque pour faire une pause en sûreté, mais, presque soudés à leur armure, porter constamment le fer comme les anciens Acarnaniens. Et la situation était la même que sur les récifs, quand la mer, poussée par des rafales diverses, est hérissée de vagues en séries. Car, de même qu’alors, avant que la première vague ne se soit brisée complètement autour des récifs, la deuxième la recouvre, puis aussitôt la troisième, et ainsi de suite jusqu’à l’apaisement des rafales, de même, exactement, les tribus de Fractes, poussées à la folie par leur amour de la guerre, attaquaient en rangs serrés, et avant que la première vague eût été vraiment repoussée, une deuxième armée s’abattait.

Mais il fallait que les vagues de ce peuple aussi fussent un jour apaisées et que l’agitation se figeât en stabilité  : parut un empereur qui transforma leur insatiable amour pour les faits de guerre en rien d’autre qu’un désir de paix, parce qu’il montra une volonté de se battre plus grande que la leur. Aussi n’osèrent-ils pas en venir à l’épreuve du combat, mais la crainte suffit à produire l’effet de cette épreuve, et ils ne levèrent pas la main pour lancer leurs javelines, mais ils la tendirent pour demander un traité. En voici la preuve  : ils acceptèrent de nous des gouverneurs comme surveillants de leur conduite et, renonçant à leur fureur de bêtes sauvages, ils adoptèrent des raisonnements d’êtres humains, abandonnant leur désir de conquêtes, ils honorèrent le respect des traités.
Disc. 59, 127-132 – trad. de P-L Malosse, Belles Lettres