Lexique de l'Espagne Moderne
Michel Boeglin - Vincent Parello

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  • L'expulsion des morisques
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  • L'heritage Charles V
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  • Velázquez, Les lances
    Velázquez, Les lances

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Sous le règne des Rois Catholiques, l’armée féodale qui reposait sur des contingents fournis par les vassaux du roi en vertu du devoir d’ost (hueste), se transforma en une armée moderne et permanente, composée par des mercenaires payés par le Trésor public. Cette armée, dont la naissance coïncide avec les nouvelles exigences de l’Etat moderne, ne cessera d’être améliorée et perfectionnée sous les règnes des Habsbourgs et des Bourbons.

Antécédents médiévaux

La spécificité de l’armée espagnole moderne est intimement liée à la guerre de la Reconquête, qui, à la différence de la guerre seigneuriale, se caractérise par une très forte participation populaire. Dans le recueil des Partidas d’Alphonse X, sont désignés trois groupes de guerriers qui préfigurent déjà les infantes du tercio: les adalides, spécialistes de l’embuscade et de la razzia ; les almogavares, soldats vétérans qui combattaient à pied ou à cheval ; et les almocadenes, chefs de troupes d’infanterie qui avaient pour mission d’achever l’action de la cavalerie. C’est à Alonso de Quintanilla, grand trésorier des Rois Catholiques et fondateur de la Santa Hermandad que l’on doit le premier projet d’armée régulière. Dans un rapport de 1495, celui-ci préconisait deux réformes fondamentales, à savoir : l’armement général du peuple et la création d’une milice. Les plus riches devaient entretenir une cuirasse complète avec cotte, casque, lance, épée et poignard; les moyennement riches, une cuirasse simple ou à défaut une arbalète ou une espringarde ; et les moins riches, un casque, une lance et une épée. Dès 1476, la Santa Hermandad fournit une véritable infanterie chargée de restaurer l’ordre public dans le royaume de Castille. Elle intervint notamment en tant que troupe de renfort pendant la guerre de Grenade.

L’armée de terre (tercio)

Jusqu’au XVIe siècle, des unités polyvalentes appelées coronelías associant infanterie, cavalerie et artillerie, furent à la base de l’organisation militaire. Au milieu du XVIe siècle, on les remplaça par les légendaires tercios, dont Charles Quint avait établi les bases en 1536 au retour de son expédition victorieuse sur Tunis. Ces corps d’armée combinaient trois armes – les épées, les piques et les arquebuses – et faisaient la part belle à l’infanterie au détriment de la cavalerie. Chaque tercio se composait de 2500 hommes, organisés en régiments de dix compagnies de 250 hommes, répartis à leur tour en dix escouades de 25 hommes. A la tête du tercio se trouvait le maître de camp (maestre de campo), choisi par le roi en Conseil d’Etat ; à la tête de chaque compagnie, le capitaine et son lieutenant (alférez) ; et à la tête de chaque escouade, le sergent. Le tercio, véritable légion étrangère basée en Italie, intervenait sur tous les fronts: sur le sol national, à titre exceptionnel lors du soulèvement des Morisques de Grenade en 1568-1570, en Italie, en Afrique du Nord, en Méditerranée, en Flandres, par le couloir espagnol (camino español) qui permettait de relier la Lombardie aux Pays Bas, à travers la Savoie, la Franche-Comté, la Lorraine, l’évêché de Liège et le Luxembourg. Les tercios offraient l’image d’une armée mutinationale composée de mercenaires payés par le Trésor royal espagnol. Sous Philippe IV, par exemple, l’infanterie espagnole se composait de treize tercios italiens, sept tercios espagnols, onze tercios wallons, deux tercios franc-comtois, deux tercios irlandais et neuf tercios allemands. Parmi les recrues espagnoles, on trouvait une grande majorité d’hidalgos et de cadets de familles nobles qui avaient préféré l’exercice des armes à la carrière spirituelle, mais aussi des paysans, des artisans et des marginaux (repris de justice, pauvres, etc.). L’entretien des tercios, avec leur intendance (fourrier-major, fourrier…), leur justice (prévôt, auditeur, alguazil…) et leur service sanitaire (médecin, chirurgien, apothicaire, barbier), s’avérait excessivement coûteux, de l’ordre de 33% du budget de l’Etat en temps normal. L’armée était financée, en partie, par le servicio, la sisa (taxe municipale sur les denrées alimentaires), l’avería (impôt ad valorem qui frappait les transports maritimes entre l’Espagne et les Indes), l’impôt des millones et la bulle de la Croisade. En période de guerre, la charge était tellement lourde que la monarchie espagnole devait avoir recours aux emprunts auprès de banquiers italiens, portugais ou allemands.

La marine (la armada)

Même si l’armée espagnole avait un profil plus continental que maritime, elle assura la défense de ses intérêts militaires et commerciaux par le maintien d’une flotte efficace. En 1528, l’empereur Charles Quint passa un contrat d’affermage avec la famille Doria de Gênes pour doter l’Empire d’une flotte digne de ce nom. Sous le règne de Philippe II, dans le contexte des guerres avec l’Angleterre et la Hollande, les deux plus grandes puissances navales de l’époque, la flotte espagnole se structura en trois forces indépendantes :

  • Les galères de la Méditerranée: Ces galères, au nombre d’une centaine, regroupaient les galères espagnoles, ancrées dans les ports andalous de Carthagène et du Puerto de Santa María, les galères de Naples et les galères italiennes de la république de Gênes. Elles avaient pour mission de lutter contre les Turcs de l’empire ottoman et les corsaires barbaresques d’Afrique du Nord, et servaient de moyen de transport entre l’Espagne et l’Italie (transactions commerciales, acheminement des troupes de soldats, etc.).
  • La flotte des Indes: La Armada de la Guardia de la Carrera de Indias était chargée de protéger les liaisons avec les Indes. Chaque départ d’une flotte marchande mobilisait une escorte de dix à douze galions et de quelques pataches. Lors du retour à Séville, la Armada de galeones de plata assurait la sécurité des convois remplis des métaux précieux du Nouveau Monde. Par ailleurs, pour lutter contre la piraterie qui sévissait dans la mer des Caraïbes, on créa la Armada de Barlovento à la fin du XVIe siècle.
  • La flotte de l’Océan (Armada del Océano): La flotte de l’Océan fut constituée après 1568, comme flotte permanente de l’Atlantique, alors que la présence hollandaise en mer du Nord entravait sérieusement les liaisons militaires et commerciales entre l’Espagne et les Flandres. C’est cette flotte qui essuya une sérieuse défaite contre l’Angleterre en 1588, à la tête de 130 bateaux, 19 000 hommes et 2 400 canons (désatre de l’Invincible Armada).

L’armée sous les Bourbons

Sous le règne de Philippe V, l’organisation espagnole fut abandonnée au profit de structures militaires calquées sur le modèle français. Le régiment, divisé en deux bataillons d’infanterie comprenant, en principe, 1412 hommes, s’imposa comme la grande nouveauté de l’époque. Au sein de ces régiments, on trouvait des soldats recrutés parmi les gardes wallones, les régiments italiens, suisses et flamands, mais également des Espagnols tirés au sort grâce au système de la conscription obligatoire mise en place dès 1705. Il s’agissait de recruter un sur cinq des appelés, d’où le nom de quintos donné à ces levées. Soulignons au passage que le terme est resté dans la langue actuelle en Espagne pour désigner les conscrits. Cette nouvelle organisation alla de pair avec l’établissement d’une hiérarchie militaire de plus en plus complexe. Sous la dynastie des Bourbons, les royaumes d’Espagne furent divisés en dix circonscriptions militaires –Málaga, Séville, Tenerife, Badajoz, Zamora, La Corogne, les Asturies, Barcelone, Valence et Palma– à la tête desquelles se trouvaient des capitaines généraux (capitanes generales) qui cumulaient des fonctions militaires, judiciaires et administratives. La création d’académies militaires sous le règne de Charles III permit de donner aux jeunes une meilleure formation et de redorer le blason de la carrière des armes, qui finit par accueillir essentiellement les rejetons des familles nobles.

Bibliographie

Alcalá Zamora, J., España, Flandes y el mar del norte (1618-1639), Barcelone, 1975 ; Martínez Campos, C., España bélica, siglos XVI-XVIII, Madrid, 1965 ; Olesa Muñido, F., La organización naval de los Estados mediterráneos y en especial de España durante los siglos XVI y XVII, Madrid, 1968 ; Parker, G., El ejército de Flandes y el camino español, Madrid, 1976; Quatrefages, R., Los tercios españoles (1567-1577), Madrid, 1983 ; Id., L’organisation militaire de l’Espagne, Thèse d’Etat, Paris-Sorbonne, 1989 ; Thompson, I. A., Guerra y decadencia. Gobierno y administración en la España de los Austrias, 1560-1620, Barcelone, 1981 ; Torres Ramírez, B., La armada de Barlovento, Séville, 1981.
 
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