Lexique de l'Espagne Moderne
Michel Boeglin - Vincent Parello

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  • Goya, La famille de Charles IV
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  • Charles III mangeant devant sa cour
    Charles III mangeant devant sa cour
  • Serment de Ferdinand VII
    Serment de Ferdinand VII
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Bourbons Version imprimable ajouter au classeur

À la mort de Charles II, la dynastie des Habsbourgs s'éteignait en Espagne. En faisant appel aux Bourbons, Madrid allait provoquer l'entrée en guerre des principales puissances européennes contre la France et l'Espagne et bouleverser l'équilibre des forces en Europe. La montée sur le trône de la nouvelle dynastie entraîna une série de changements politiques, économiques et sociaux en Espagne.

La Guerre de Succession (1701-1714)

La succession de Charles II d’Espagne en 1700 fit monter sur le trône de Madrid Philippe d’Anjou (1683-1746), petit-fils de Louis XIV. Charles II, sans descendant direct, laissait un héritage difficile. Étant respectivement fils et époux d’infantes espagnoles, le roi de France, Louis XIV, tout comme l’empereur Léopold Ier de Habsbourg pouvaient prétendre à la couronne espagnole. Par les traités de l’automne 1698 et de mars 1700, le roi de France consentait à ce que le royaume d’Espagne revienne au prince électeur de Bavière ou à l’archiduc Charles de Habsbourg, à condition que le Dauphin reçoive en échange Naples, la Sicile, le Milanais et le Guipuzcoa.

Les conflits d'intérêts rendaient toute solution délicate. Pour l'Espagne, affaiblie et appauvrie, il s'agissait de sauver son empire colonial alors que les Habsbourgs d'Autriche, branche cadette de la Maison d'Espagne, estimaient que cet héritage devait tout naturellement leur revenir. Or, le roi de France était prêt à faire entendre ses droits sur la maison d'Espagne. Les puissances maritimes d'Angleterre et des Provinces-Unies, quant à elles, voulaient tout autant éviter une hégémonie française que voir se reconstituer l'empire de Charles Quint, et se montraient favorables à un compromis. La cour d’Espagne s'évertua à le faire échouer. Les Espagnols refusèrent de morceler leur empire et, par son testament, Charles II appelait sur le trône Philippe, duc d’Anjou, second fils du Grand Dauphin, frère cadet du duc de Bourgogne. À la mort du roi espagnol, le 1er novembre 1700, l’acceptation du testament par Louis XIV provoqua la grande alliance en 1701 de l'Angleterre (rejointe par l'Écosse en 1707), des Provinces-Unies, du Brandebourg, de l'Autriche, du Piémont et du Portugal contre la France et l’Espagne. Après une guerre longue et difficile, les traités d’Utrecht (avril 1713) et de Rastatt (mars 1714), amputèrent l'Espagne de ses possessions italiennes et des Pays-Bas qui furent attribuées à l’empereur Charles VI et à Victor-Amédée de Savoie. Mais l’Espagne était parvenue à conserver ses possessions d'outre-mer.

Un nouveau visage pour l'Espagne

La Guerre de Succession avait changé le visage de l'Espagne. Au lendemain de la bataille d'Almansa, le 25 avril 1707, le jeune Bourbon Philippe V promulgua un décret selon lequel les Aragonais et les Valenciens devaient perdre leurs fueros, pour leur rébellion passée et pour avoir manqué à leur serment de fidélité. En 1714, c'était au tour des Catalans: lorsque le duc de Berwick prit possession de Barcelone, il abolit les privilèges de la principauté et y fit établir les lois de Castille, rendit obligatoire l'usage du castillan dans les cours de justice et imposa l'occupation militaire de la Catalogne. La couronne d'Aragon avait cessé d'exister et, pour la première fois de son histoire, l'Espagne devenait une nation unie sur le plan politique, à l'exception du Pays Basque qui conserva ses fueros grâce à la fidélité témoignée à la nouvelle dynastie des Bourbons.

L'unité politique jeta les bases d'une nouvelle organisation administrative du royaume. On mit fin à la tradition des Habsbourgs de gouverner à travers des conseils régionaux. À la suite de la guerre, les conseils de Flandre, d'Italie et d'Aragon disparurent et le Conseil d'État perdit de son lustre. En contrepartie, le Conseil de Castille devenait l'un des principaux organes de pouvoir. Pour établir un lien de pouvoir plus étroit avec les villes, l'Espagne adopta le modèle français des intendants, notamment dans les régions qui avaient perdu leurs fueros.

La guerre mit également fin au pouvoir politique de la vieille élite aristocratique, écartée des rennes du pouvoir. De nombreux grands d'Espagne tels que le comte d'Oropesa, le comte d'Uceda ou le duc de Medinaceli payèrent chèrement leur fidélité à l'archiduc Charles d'Autriche. L'ancienne aristocratie continuait à dominer la vie sociale et économique mais le gouvernement politique se faisait désormais par l'entremise de la petite aristocratie, extrêmement présente et active, notamment au sein des intendances.

Ces changements n'étaient pas uniquement dictés par l'absolutisme bourbon. Certes, la nouvelle dynastie avait calqué le modèle français dans certains domaines (par exemple, à travers les intendances ou la réforme de l'armée) et l'influence française laissa sa trace dans les arts. Toutefois, le personnel politique demeurait espagnol et l'un des principaux penseurs des réformes n'était autre que le juriste Melchor de Macanaz. La couronne espagnole, avec une autorité rehaussée par l'unification de l'État, avec des forces armées élargies et réformées, sortit renforcée de la guerre ; y compris sur le plan des finances, l'Espagne n'avait plus à recourir à des banquiers étrangers pour financer sa politique et contrôlait, à nouveau, une part croissante de l'argent importé d'Amérique. De 1703 à 1713, les ressources de la couronne passèrent de 12 millions d'écus à 23 millions.

Bibliographie

Anes, G., El Antiguo Régimen: los Borbones, Historia de España, Alfaguara, V, Madrid, Alianza, 1973 ; Martínez Shaw, C., El Siglo de las Luces. Las bases intelectuales del reformismo, Madrid, 1996.
 
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