Lexique de l'Espagne Moderne
Michel Boeglin - Vincent Parello

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Santa Hermandad Version imprimable ajouter au classeur
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La Santa Hermandad est une sorte de milice rurale créée par les Rois Catholiques pour lutter contre le banditisme et l’insécurité dans les campagnes. D’emblée, il convient de faire la différence entre les Santas Hermandades Viejas de Tolède, Talavera et Ciudad Real, brigades locales créées à la fin du XIIIe siècle, et la Santa Hermandad Nueva, institution centralisatrice créée lors des Cortès de Madrigal (1476) à l’initiative du grand trésorier du royaume, Alfonso de Quintanilla.

A partir de la bataille de Las Navas de Tolosa en 1212, des groupes de bandits armés, connus sous le nom de golfines, semèrent la terreur dans les régions de Nouvelle-Castille, habitées par de nouveaux colons qui tiraient le plus clair de leurs ressources de l’apiculture, des richesses forestières et de l’élevage. Afin de défendre leurs intérêts économiques, ces colons s’unirent en constituant des fraternités (Hermandades) dans les années 1302 et 1303. La Hermandad de Talavera était chargée d’enrayer le vol d’écorce, de contrôler l’abattage d’arbres et de poursuivre les «châtreurs» de ruches. Elle luttait également contre le banditisme qui se développait à proximité des foires commerciales, dans la région de La Jara, refuge de nombreuses bandes gitanes, et sur la route qui menait au monastère de Guadalupe, fréquentée par de nombreux pèlerins. La Hermandad de Tolède s’occupait de la région des Monts de Tolède habitée par des charbonniers, des bergers et des vachers, hommes à moitié sauvages à la réputation plus que douteuse. C’est dans ces contrées inhospitalières que se réfugient Don Quichotte et son écuyer pour fuir la Santa Hermandad au chapitre 23 de la première partie. La Hermandad de Ciudad Real, dont la juridiction s’étendait au massif de la Sierra Morena et aux plaines de la Nouvelle-Castille (la Manche), zones propices à la pratique du brigandage, s’occupait de la plupart des affaires de véritable banditisme. En marge de cette activité de police rurale, les Hermandades Viejas jouèrent un rôle politique non négligeable. Au moment des guerres civiles du milieu du XVe siècle – Fuensalida (1464), Medina del Campo (1467) – certaines d’entre elles prêtèrent main forte au roi Henri IV pour lutter contre l’insurbordination d’une frange de la noblesse.

Reprenant le projet présenté en 1386 lors des Cortès de Ségovie, les Rois Catholiques décidèrent de mettre en place une fraternité qui regrouperait toutes les villes du royaume (Santa Hermandad). Il s’agissait, en premier lieu, de créer une police rurale, chargée de mettre un terme à l’insécurité qui régnait depuis une dizaine d’années dans le pays. Des assemblées municipales (juntas) présidées par des personnes de confiance des souverains, comme Alfonso de Quintanilla ou Juan de Ortega, s’occupèrent de mettre en place le nouveau système. Chaque localité d'au moins cinquante feux devait désigner deux magistrats qui recruteraient une brigade (cuadrilla) chargée de poursuivre les délinquants dans un rayon de cinq lieues. Les brigadiers (cuadrilleros) étaient des archers armés de lances et d’arbalètes. La Santa Hermandad pratiquait une justice expéditive et sommaire : pieds coupés pour les auteurs de vols supérieurs à 500 maravédis, mort par tirs de flèches (asaetamiento) pour les auteurs de crimes.

En deuxième lieu, les Rois Catholiques conçurent la Santa Hermandad comme un prélude à la constitution d’une armée régulière et permanente. A cet effet, dès 1476, furent créées huit provinces autonomes – Burgos, Palencia, Ségovie, Avila, Valladolid, Zamora, León et Salamanque –, chacune avec son capitaine, son secrétaire et ses troupes. Les délégués de ces provinces formaient le Conseil de la Hermandad, à la tête duquel se trouvaient un président (Lope de Ribas, évêque de Carthagène), un trésorier général (Alfonso de Quintanilla) et un général en chef (Alphonse d’Aragon duc de Villahermosa, frère bâtard du Roi Catholique). Limitée à ses débuts à la Vieille-Castille, la Santa Hermandad s’étendit ensuite à la Nouvelle-Castille, à l’Andalousie et au nord du royaume. Elle intervint dans le cadre des guerres civiles et lors de la guerre de Grenade. Tous les trois ans, entre 1478 et 1498, les Juntas se réunissaient pour voter d’importantes contributions nécéssaires au bon fonctionnement de l’institution : 17 800 000 maravédis par an entre 1478 et 1485, et plus de 30 000 000 maravédis entre 1485 et 1498. Les monarques espagnols purent ainsi percevoir des impôts directs sans à avoir à demander l’autorisation des Cortès, la taxe spéciale de la Hermandad remplaçant le servicio.

Très vite la Santa Hermandad s’attira le mécontentement des villes qui se sentaient dépossédées de leur attribution essentielle (le vôte des impôts), et de la haute noblesse qui voyait d’un mauvais oeil le pouvoir royal se doter d’une armée permanente. C’est la raison pour laquelle l’institution finit par disparaître en 1498, ne susbsistant que sous la forme de milices locales financées par les municipalités.

Bibliographie

Alonso-Guillaume, A., Recherches sur la Santa Hermandad en Castille à l’époque moderne. L’exemple de la Santa Hermandad Vieja de Talavera de la Reina, Paris, 1991 ; Id., Una institución del Antiguo Régimen : la Santa Hermandad Vieja de Talavera de la Reina (siglos XVI y XVII), Talavera de la reina, 1995 ; Lunenfeld, M., The Council of the Santa Hermandad, Miami, 1970 ; Redondo, A., dir., Le bandit et son image au Siècle d’Or, Madrid-Paris, 1990.
 
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