Lexique de l'Espagne Moderne
Michel Boeglin - Vincent Parello
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L'expulsion des morisques Version imprimable ajouter au classeur

Vicente Carducho (1576-1638), la Expulsión de los moriscos de 1609, crayon et plume sur papier, 380 x504 mm, 1627, Musée du Prado, Madrid.

l'Explusion des morisques de Vicente Carducho

Vicente Carducho (1576-1638),
la Expulsión de los moriscos de 1609,
crayon et plume sur papier,
380 x504 mm, 1627,
Musée du Prado,
Madrid
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L’expulsion des morisques décrétée sous le règne de Philippe III précipita sur les routes d’Espagne environ 290 000 hommes, femmes et enfants. L’exil se déroula en plusieurs temps : entre la fin du mois de septembre 1609 (décret du 22 septembre 1609) et le mois de juin 1610 (décret du 12 janvier 1610), 120 000 exilés valenciens, 45 000 Castillans, 45 000 Andalous et Murciens, 70 000 Aragonais et 10 000 Catalans, embarquèrent pour la Berbérie et les pays musulmans. Les émigrants partirent soit par voie maritime, soit par la France en franchissant à pied les Pyrénées.

Tous les témoins contemporains des événements soulignent la misère de ces familles qui couraient la campagne sans couvert ni toit. C’est ainsi qu’Aznar Cardona, dominicain aragonais peu suspect de sympathie envers les morisques, évoquait en ces termes la souffrance de ces populations contraintes à quitter leur terre natale: « en procession désordonnée, ceux à pied mêlés avec ceux à cheval, en grande confusion, accablés de chaleur, inondés de larmes, élevant des plaintes tumultueuses et confuses, chargés de leurs femmes et de leurs enfants, de leurs malades, de leurs vieillards et des marmots, couverts de poussière, suant et haletants».

Il ne manquait pas d’évoquer au passage l’extrême pauvreté de certains exilés et la grande richesse de certaines femmes qui voyageaient «avec leurs bijoux, de grands médaillons d’argent tombant sur leur poitrine et suspendus à leur cou avec des chaînes, des colliers, des pendants d’oreille, des bracelets de coraux et avec mille bigarrures et mille couleurs dans leur costume et dans leurs vêtements, comme si elles avaient voulu dissimuler un peu les souffrances du cœur».

 
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